André Jullien

Enseignant, Maire et historien donzérois

André Jullien est né à Donzère en 1888. Il est issu de très anciennes familles donzéroises puisque l’on retrouve parmi ses ancêtres des consuls de la ville (XV, XVI, XVII et XVIIIe siècles).

Élève à l’école de garçons de Donzère, puis à I’ École Supérieure de Montélimar, il termine ses études à I’ École Normale de Valence. Nommé instituteur à Claveyson en 1908, il poursuit sa carrière à Donzère, à Montfroc puis à Châteauneuf de Galaure. Entre temps, en 1912, il épouse Isabelle BRUN. Ils auront 3 enfants. En 1925 il est nommé directeur du Cours Complémentaire de Pierrelatte et son épouse enseigne à l’école de filles de Donzère. En 1937, admis à la retraite, il se retire à Donzère dans sa maison boulevard des Barrys.

Ses activités dans la Résistance l’amènent, non sans périls, à la direction du Comité Clandestin de Libération de Donzère, ville dont il deviendra le maire après la retraite de l’ennemi et ce, jusqu’à sa mort en 1955. Soucieux de la prospérité de la commune, il en a défendu les intérêts avec vigilance et âpreté.

C’est durant son mandat, au cours des années 1950, que la construction du groupe scolaire, qui porte son nom, est réalisée. À cette époque l’école de garçons comportait 3 classes à la mairie et une classe dans une pièce située près de l’ancienne salle des Fêtes. L’école de filles (qui comprenait aussi une classe enfantine) était installée aux n° 5 et 7 de la Basse Bourgade. L’afflux de population engendré par la construction du canal Donzère Mondragon a conduit la municipalité à construire de nouveaux locaux. Le groupe scolaire comportait alors 6 classes (les 6 salles du rez-de-chaussée, la grande salle de la BCD étant le réfectoire). Ce fut le premier bâtiment à avoir l’eau courante à Donzère!! Par la suite, c’est Monsieur Jullien qui entreprit les travaux d’installation du réseau d’eau potable dont nous bénéficions encore aujourd’hui.

Très attaché à son pays natal, il a écrit de nombreux articles sur Donzère tant sur le plan historique et archéologique que sur le plan géographique et humain. Parmi ses nombreuses études notons un travail sur Loÿs PRAT, sur Félix CLÉMENT, sur Jules FERRAND, sur le Robinet et ses baumes, des notes sur la libération de Donzére. Il est également le co-auteur d’un ouvrage “Pages Drômoises”.

Dans son ouvrage “Le vin de Donzère”, A.Jullien fait une étude sur l’implantation des vignobles, se réfère à un article de I’abbé Fillet qui a trouvé, dans les archives paroissiales, au XIVe siècle l’existence de “la confrérie de Saint Vincent”, association de vignerons.Il recense également les lieux portant la mention “Saint Vincent” : le puits Saint Vincent, la ferme Saint Vincent. Il nous apprend aussi qu’en 1698, les Consuls de Donzère signalent qu’il y a des vignobles tant dans les îles du Rhône que dans le reste du territoire “qui produisent du vin de bonne qualité”. Diane d’Albon, marquise de Vichy écrit : “j’ai bu une bonne goutte de vin de Donzère que nous a envoyé M. de Chabrillon, qui tient beaucoup du Rancio”…

Il écrit de nombreux articles dans la revue ” Le Tricastin” et le “Bulletin de la société d’archéologie et de statistique de la Drôme” dont notamment : une étude sur un vase funéraire trouvé au cimetière, au pied de la Chapelle Saint Benoît (ce vase est conservé ou Musée des “Amis du Vieux Donzère”) et des notes sur une sépulture sous tuiles découverte au sud de cette même chapelle St Benoît.

Dans un autre article, il relate la discorde entre Pierrelatte et Donzère à propos des bois de Javelenc pour un droit de “bûcherage et de glandage” discorde qui durera du XlIIe siècle jusqu’en 1876.

Il écrit un article sur Caprais Favier, Pierrelattin célèbre : pharmacien observateur météo qui travaillait en étroite collaboration avec l’Office National de la météorologie. C. Favier est l’auteur, entre autres ouvrages, de “L’histoire de la communauté de Pierrelatte”, de “La Révolution en Bas-Dauphiné” de “La vente des Biens Nationaux dans le district de Montélimar”. A. Jullien raconte comment en 1790 sont formés les circonscriptions, départements, districts, cantons … et comment, au gré des modifications de ces décisions officielles, des querelles éclatent entre Pierrelatte et Saint Paul trois Châteaux, à propos du juge de paix ! Ce conflit durera jusqu’en 1856 !

A. Jullien s’est penché sur la vente des Biens Nationaux à Donzère. Ces biens provenaient de l’évêché de Viviers, du Chapitre de la Cathédrale de Viviers et de deux chapelles de l’église de Donzère. L’évêque possédait au-delà du rempart une vaste propriété appelée la Garenne qui s’étendait sur le plateau et que le “fermier” Jean-Pierre Pradelle avait planté en vigne (d’où le nom de “la vignasse” donné à la ferme voisine), le Devès (ce nom signifiant l’origine : terrain réservé, interdit), et surtout la partie la plus riche de son domaine puisque recevant les eaux de la fontaine de Fontachard : le Grand Clos ou l’Enclos. Il possédait aussi le Grand Jardin, à l’est du Champ de Mars, le Tinal sur la place du Fumeras, des terrains au Boisnier, au Champ de l’Epine, à Saumelonge, dans les Iles, les créments du Rhône au quartier du Mouton (Port de l’Ile) et de Bobillon.

Les propriétés des chapelles sont peu importantes.

D’autres articles ont été publiés et peuvent être consultés au Musée des “Amis du Vieux Donzère”.

Monsieur Jullien était un homme de grande valeur. Il a su donner, immédiatement après la guerre, une dynamique qui s’est traduite par l’essor et l’amélioration de la vie de notre petite ville. Les vieux Donzérois qui l’ont connu gardent de lui l’image d’un homme loyal, juste, attaché aux valeurs laïques de la République.

Article de Madeleine Nicolas publié dans “Recherches donzéroises” n°30 de 2004.