La Chocolaterie

Les moines de l’ordre des religieux de la Trappe créent en 1869 la première chocolaterie, au monastère Notre Dame d’Aiguebelle (fondé en 1137), à quelques kilomètres de Donzère. L’objectif est de créer une industrie permettant d’assurer leurs besoins matériels. Mais l’usine se développe rapidement et perd son caractère artisanal, les moines ne sont plus assez nombreux et des personnes venant des villages d’alentour sont embauchées. Tout ceci amène des perturbations dans la vie du monastère, la paix des moines est troublée.

La société anonyme de la chocolaterie d’Aiguebelle, au capital de 1 million de francs, est alors créée en juin 1891. Puis la décision est prise de construire une usine en dehors de l’abbaye. Le village de Donzère fut choisi en raison de sa situation (près du monastère et en bordure du Rhône) et de la présence récente de la gare, ce qui favoriserait les échanges commerciaux. En février 1893, un terrain de 4,7 hectares est acheté à Donzère, village de 1500 habitants sur lequel sera bâtie l’usine, tandis que le reste du terrain sera cultivé. L’usine est construite en pierres, sur trois niveaux et comporte un grand corps de bâtiment de 135m de long sur 10m de large. Il est coupé par deux ailes de 30m chacune, ce qui lui donne la forme d’une croix. A l’intersection du corps de bâtiment et des ailes, deux vastes ronds-points permettent les échanges d’atelier à atelier.

 

Au-dessus de chaque rond-point une statue a été érigée, dorée à la feuille :
au nord la Sainte Vierge au sud Saint Joseph.

La chocolaterie dispose déjà d’une bonne clientèle fidèle dans toute la France, et tout particulièrement dans le sud-est et le Languedoc. Autour de 1920, la production est évaluée à 1800 tonnes par an. Parmi les productions de la chocolaterie, on trouve : les tablettes, le chocolat à cuire, les bâtons, les chocolats fondants et de nombreuses fabrications présentées dans des emballages de qualité. Nous n’oublierons pas les images glissées dans les tablettes de chocolat et imprimées sur place qui firent la joie des enfants en participant à la découverte de nombreux sujets : la religion, l’histoire, la géographie, les personnages, la flore et la faune etc….. (Beaucoup sont exposées dans le Musée d’histoire de Donzère).

Morin

Grâce à la chocolaterie qui en assumait les charges financières, de nombreuses activités étaient proposées : théâtre, club photo, bricolage… Mais surtout, il y avait l’harmonie de la chocolaterie, formée d’une quarantaine de musiciens.

En 1919, à la demande de la direction, le peintre donzérois Loÿs PRAT, dont nous avons déjà parlé, a peint à fresques le grand rond- point nord de l’usine. La fresque est un procédé de peinture qui consiste à peindre sur un enduit de mortier frais : le peintre doit travailler très rapidement (avant que l’enduit soit sec), sans dessin préalable, ce qui implique un très grand talent. Ce sont quatre sujets religieux qui sont imposés. 

Harmonie
Médaillés
Loys Prat

A partir de 1951, l’ensemble de la profession chocolatière se trouve en difficulté à cause du blocage du prix des tablettes de chocolat par le gouvernement, de la flambée des prix des cacaos et d’une campagne du corps médical contre le chocolat. Après 1958, l’usine de Donzère est absorbée par la chocolaterie du Prado près de Marseille. Puis ce fut l’intégration à la chocolaterie de l’union à Lyon. En 1977, la marque Aiguebelle est fabriquée à Saint-Etienne et tout le personnel a été licencié à l’exception d’une petite équipe pour assurer les livraisons. Licencié, un employé de la chocolaterie, Mr Morin, eut l’idée de continuer à fabriquer chocolat et confiseries dans sa ferme, et c’est ainsi qu’aujourd’hui, on peut déguster de délicieuses douceurs faites par le petit-fils de ce chocolatier.

En 1978, l’usine est définitivement fermée, et les bâtiments et terrains attenants mis en vente. Depuis sa fermeture, de nombreuses études ont été réalisées sans qu’aucune ne voit le jour. Une étude devait transformer la chocolaterie en prison pour femmes, heureusement une décision du conseil municipal devait mettre fin à ce projet. En 1992, cet immense complexe est acquis par la commune. Commence alors une importante phase de nettoyage et d’entretien urgent. Puis débute la réhabilitation de quelques salles ( arts martiaux, tennis de table, musée, services techniques). Depuis 1995, la création d’un parc d’activités permet de faire coexister des entreprises, des associations et une salle polyvalente «l’espace Aiguebelle», capable d’accueillir environ 600 personnes. La foire de printemps en avril et différentes activités ont lieu dans le parc au cours de l’année.