Le maître de poste à Donzère et le “Milliard sur les riches”

En 1768, succédant à Jacques Prieur, Jean-Baptiste Peillard est devenu Maître de Poste à Donzère. Riche propriétaire foncier, c’est lui qui va installer le relais de la Poste dans le bâtiment situé actuellement au n°2 de la Haute-Bourgade. Pour assurer le service, on compte alors dans les écuries, en moyenne, une vingtaine de chevaux et quatre postillons sont employés en permanence.

Comme Jean-Baptiste Peillard figure dans la liste des citoyens les plus fortunés de Donzère il a été concerné par l’emprunt forcé décidé par le Directoire fin 1795. Cet emprunt faisait suite à d’autres souscriptions, volontaires ou non, décrétées par les différents gouvernements comme en août 1789. Mais c’est surtout l’emprunt de 1793, appelé « le milliard sur les riches » qui marquera le plus l’opinion.

Ce sont des « patriotes » montpelliérains qui sont à l’origine d’un emprunt forcé sur les riches de leur département afin de financer une force armée locale. L’initiative ayant plu à Danton, la Convention avait généralisé cette mesure à tous les départements.

Il s’agissait donc d’un impôt sur les revenus, obligatoire, avec une déclaration remise au Greffe de la municipalité du domicile. Le calcul des sommes dues était relativement compliqué, mais comme il s’agissait en même temps d’un emprunt, celles-ci étaient censées être rendues avec l’acquisition de biens nationaux.

Les résultats des différents emprunts, surtout ceux de 1795 et de 1799 furent loin de correspondre aux attentes du Directoire. En effet le gouvernement espérait retirer de la circulation un maximum d’assignats, papier-monnaie en constante dépréciation. Mais circulaient en même temps pièces et billets de banque d’où une complexité que montre bien la lettre écrite par Jean-Baptiste Peillard le 17 pluviôse an V (soit le 16 février 1797). Celle-ci était directement adressée au citoyen ministre de l’intérieur (à l’époque Pierre Bénézech). Ce dernier a certainement transmis le document au ministère des Finances comme semblent l’indiquer les mentions ajoutées au haut de la première page.

L’auteur de la lettre explique donc qu’inscrit au rôle de l’emprunt forcé, il était redevable de six cents livres à payer en numéraire, somme qu’il jugeait trop élevée eu égard à sa fortune, mais qu’il aurait cependant réglée s’il en avait eu les moyens. En effet la conjoncture ne lui a pas permis d’avoir des disponibilités suffisantes.

Puis il a obtenu du gouvernement la rétribution de son service de la Poste et de l’acheminement de la Malle. Il recevait ainsi six cents francs en “rescription métallique”, c’est-à-dire sur un ordre écrit donné au receveur pour lui payer cette somme en argent.

Ayant sans tarder porté celle-ci au percepteur afin de s’acquitter de l’emprunt, on lui réclame à présent et à tort un nouveau versement sur le motif qu’il aurait payé « en papier » (c’est-à-dire avec des assignats), représentant une somme moindre compte tenu de la dévaluation.

Il demande donc au citoyen ministre de faire le nécessaire afin de ne pas être inquiété et de le considérer comme étant à jour des sommes dues.
Il est urgent que l’affaire soit réglée car, au moment de cacheter sa lettre, Jean-Baptiste Peillard voit arriver chez lui le commissaire du Directoire venu lui réclamer le paiement de la somme soit disant restant due.

On ne connaît pas la façon dont cette affaire s’est conclue. Le Maître de Poste de Donzère a certainement eu gain de cause.

Sources :
“La Poste à Donzère”, Odette Peloux, “Recherches donzéroises” 1997.
“L’emprunt forcé de 1793 et le patronat textile elbeuvien”, Pierre Largesse, Alain Becchia, dans les “Annales historiques de la Révolution française”, numéro 284, 1991.